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Entretien avec l’artiste contemporaine Pauline Curnier Jardin à l’occasion de ses deux expositions en Flandre


A l’occasion des deux temps forts consacrés au travail de Pauline Curnier-Jardin entre l’automne 2025 et début 2026 au M HKA d’Anvers et au Netwerk à Alost, le service culturel de l’ambassade de France en Belgique vous invite à découvrir un entretien exclusif mené avec l’artiste.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

« Je m'appelle Pauline Curnier Jardin, je suis artiste et enseignante. J'aime travailler à partir des rencontres et des histoires que je croise. Ma pratique artistique tisse différents univers, personnages et histoires, créant et racontant des corrélations parfois évidentes, parfois improbables, associant la religiosité et la ritualité de l'Europe du Sud aux multiples formes du carnaval en Europe, à l'univers du divertissement, au marché sexuel et érotique, à la violence et à la résistance dans des institutions totales telles que les prisons - pour ne citer que quelques-uns des fils avec lesquels j'ai tissé mon œuvre ces dernières années. »

Votre pratique mêle cinéma, performance, dessin et installation. Comment décririez-vous votre univers artistique ?

« Je travaille à la création d'univers et d'histoires, justement. Les médias que j'utilise ne découlent pas seulement de ma curiosité et de mon envie d'artiste plasticienne, mais aussi de la narration sur laquelle je travaille. L’image en mouvement est certainement un média qui me tient particulièrement à cœur et avec lequel j'aime réfléchir et travailler, et d'autres formes d'expression prolifèrent toujours autour de mes films, allant du dessin aux installations à grande échelle. Les univers sur lesquels je travaille sont souvent multiples et collectifs, non seulement en raison des multiples formes qu'ils prennent, mais aussi en raison des collectivités qui se rassemblent pour les créer. »

Beaucoup de vos œuvres revisitent des figures historiques ou religieuses et explorent des rituels collectifs comme le carnaval. Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans ces récits et ces traditions populaires ?

« J'aime les passions qui gravitent autour des rites collectifs, les corps qui bougent ensemble, les communautés qui se créent, l'explosion de couleurs, de sons et d'odeurs, et les merveilleuses contradictions qui fleurissent dans ces moments-là. Je travaille avec des traditions populaires très chères aux communautés, fruit d'expériences syncrétiques, de rencontres entre rites païens et religiosité chrétienne, des espaces de contradiction, à cheval entre tradition et contemporanéité capitaliste, souvent lieux de confrontation entre réalités conservatrices et poussées progressistes. »

Cet automne, vous présentez une rétrospective au M HKA d’Anvers et l’exposition Dress to Kill à Alost. Quels aspects de votre œuvre souhaitez-vous mettre en avant auprès du public belge à travers ces deux projets complémentaires ?

« L'exposition au M HKA est la première grande rétrospective consacrée à mon travail. En collaboration avec la commissaire de l'exposition, Anne-Claire Schmitz, nous avons donc créé un panorama varié, approfondi et complet de ma pratique artistique, allant des dessins aux films, des œuvres axées sur les processions au collectif artistique que j'ai fondé avec un groupe de travailleuses du sexe à Rome, des œuvres à échelle contenue aux grandes installations immersives.

L'exposition Dress to Kill répond quant à elle à la demande des deux commissaires, Laura Herman et Godart Bakkers, et à l’invitation de la précédente directrice Pieternel Vermoortel, de travailler en dialogue avec la réalité territoriale de NW. J'ai ainsi eu l'occasion de travailler sur un nouveau film, Jeanet Film Adulte, qui trouve ses racines dans le carnaval d'Alost. Dans l'exposition, cette œuvre dialogue avec mes travaux précédents en développant un univers de sens qui, comme le suggère le titre, questionne les performances incorporées, et vestimentaires. »

Votre travail interroge la liberté, la transformation et l’émancipation, notamment autour du corps et des récits collectifs. Que souhaiteriez-vous que le public retienne ou ressente après avoir traversé vos expositions ?

« J'espère que le public pourra ressentir la joie collective qui imprègne mon travail et les histoires et relations qui l'inspirent. »